Jeudi 20 juillet 1950

Vers une heure du matin, nous sommes réveillés en plein sommeil par M. Tessier et les danseurs. Personne ne se fait tirer l’oreille. Bien couverts car la nuit est fraiche, nous montons dans le car en évitant de réveiller les autres colons. La viande et les crevettes restées au frigo sont chargées à leur tour.

Le car quitte Saint-Michel pour l’ile de Noirmoutier ; il traverse plusieurs agglomérations et gagne le passage du Gois libre à marée basse : le car s’y engage lentement, roulant dans les flaques d’eau restantes. Ce passage de 4 km est jalonné de refuges surmontés de phares clignotants. Nous croisons un car, plusieurs camions et voitures de tourisme qui quittent l’ile.

Le passage pénètre au sud de l’ile ; sans s’arrêter, le car poursuit sa route jusqu’à Noirmoutier où il stoppe. La ville est endormie et pendant 3 bonnes heures nous essayons de dormir dans des positions intenables. L’allée est garnie de dormeurs.

Au petit jour, avec ses voyageurs engourdis, le car gagne l’Herbaudière, port de pêche de l’ile et s’arrête à côté de la jetée.

La flottille de pêche de l'Herbaudière à l'abri de la jetée.

La flottille de pêche de l’Herbaudière à l’abri de la jetée.

Il est 7h. Nous descendons du car pour nous dégourdir les jambes. M.B. nous distribue le petit déjeuner : pain, beurre et confitures et essaie de trouver un café pour nous faire boire quelque chose de chaud ; mais tout est fermé.

Nous allons sur la jetée qui abrite le petit port de pêche ; tout au bout, à côté du phare, des pêcheurs à la ligne. Au large, quelques bateaux naviguent, d’autres sortent du port, d’autres reviennent : quelques marins déchargent de grosses raies et les vident sur place.

Notre groupe à la pointe de la jetée

Notre groupe à la pointe de la jetée

Au pied de la jetée, du côté de la haute mer, une quantité de grosses anguilles qui nagent dans les herbes ; une nasse où se débattent différents poissons.

Nous revenons au pays : dans un restaurant, M. B. nous fait servir, suivant nos goûts, un café au lait ou un chocolat bien chaud qui nous réconforte.

Malheureusement, nous ne pouvons visiter aucune des conserveries du port.

Nous regagnons la mer et visitons les fortifications allemandes du « mur de l’Atlantique » et leurs installations souterraines. Les garçons y jouent.

Au pied d'un bünker.

Au pied d’un bünker.

Une odeur insupportable nous intrigue : non loin de là, de petits tas de têtes de sardines se décomposent ; un ouvrier qui remue ces tas à la pelle nous explique que l’huile extraite de cette pourriture servira à la fabrication de toiles imperméables.

Des fortifications souterraines sort un vagabond qui y habite. Les garçons profitent de son absence pour visiter son appartement jonché de boites à camembert. Par une cheminée d’aératio, M. B. hurle ; les garçons surpris détallent par toutes les ouvertures.

En retournant au car, nous voyons des myriades d’asticots suivant les ornières.

De l’Herbaudière, le car nous transporte à la * Bosse de l’Épine * face à l’océan. Pour protéger la côte de la destruction, un rempart pavé est adossé et des brise-lames arrondis plongent sous la mer.

Sur un brise-lames couvert d'algues glissantes.

Sur un brise-lames couvert d’algues glissantes.

Le soleil devient de plus en plus chaud ; chacun se découvre. Nous allons à pied jusqu’au village de l’Épine ; ses maisons basses sans étage sont dispersées ; dans les jardins clos de petits murs en pierres sèches des tas de * galettes de blé noir * finissent de sécher : ce sont des bouses de vaches qui serviront de combustible en hiver.

Sur la route, nous arrêtons un ancien marin retraité. Avec son âne attelé à une charrette, il rentre sa maigre récolte. Nous discutons quelques minutes avec lui sur la vie agricole à Noirmoutier.

M. Palvodo Baranger rentre sa récolte.

M. Palvodo Baranger rentre sa récolte.

Les petits champs de quelques mètres de large, enclavés dans les marais salants sont cultivés à la main, et récoltés à la faucille. Les ânes remplacent les chevaux. Quelques vaches paissent dans les prés. Le paysan va y ramasser les bouses de vache qu’il rapporte à côté de sa ferme. On juge la richesse du paysan à la grosseur du tas de bouses de vaches.

Nous remontons dans notre car surchauffé ; il traverse Nourmoutier et s’arrête au Bois de la Chaize. Les victuailles sont transportées sur un éperon rocheux à l’extrémité de la plage des dames.

Nous nous déshabillons pour prendre un bain apéritif. Au pied des rochers abrupts que nous dégringolons s’étend la plage dont le sable nous brûle la plante des pieds. Nous courons vivement dans l’eau parfaitement claire, mais que de cris, elle était glaciale. Les plus courageux s’y plongent et nagent vivement pour se réchauffer.

Nous regrimpons sur les rochers pour pique-niquer. Nous restons en maillot. Comme l’eau rapportée dans un bidon avait un goût désagréable, M. B. envoie chercher une caisse de bière et de limonade.

Les assiettes et les couverts distribués, chacun vient se faire servir et s’assied pour déguster son déjeuner : crevettes, bœuf froid avec cornichons, pomme de terre en salade, pommes. Les déplacements des uns contrarient les autres. Les voyageurs repus, il reste encore des victuailles.

Pendant le rangement de la vaisselle, les uns s’assoupissent, d’autres redescendent sur la plage où la mer à laissé en se retirant des algues et des poissons.

Vers 13 h, nous rejoignons le car. Un ballon captif de réclame, fixé à un bateau, se déplace au large. Chacun achète des cartes postales de l’île et nous remontons dans le car.

Nous traversons Noirmoutier pour la dernière fois et nous allons vers le sud e l’île. Le car stoppe pour la visite de marais salants : dans les canaux qui y apportent l’eau de mer de grosses anguilles nagent. Quelques garçons sautent dans l’eau mais les anguilles sont vives. Nous parcourons un marais salant et goûtons au sel d’un tas.

Notre groupe dans un marais salant.

Notre groupe dans un marais salant.

Une paysanne, chaussée de gros sabots et coiffée d’un large chapeau s’en va traire sa vache dans un pré.

C’est l’heure de la marée basse : Nousfilons vers le passage du Gois. C’est une route assez large, pavée bordée de sable. Des ouvriers la réparent à un endroit et le car doit passer sur des plaques métalliques posées sur le sable.

Nous stoppons à un refuge, tous les voyageurs y montent par l’échelle verticale. Heureusement nous ne sommes pas obligés d’y rester une douzaine d’heures. Nous le quittons bien avant que la mer nous oblige à y rester.

Le refuge est juste pour une quarantaine.

Le refuge est juste pour une quarantaine.

Notre car nous ramène en France, longe la côte en direction du nord, traverse Beauvoir sur mer, Bourgneuf, la Bernerie, et stoppe sur la route tortueuse construite sur les rochers qui surplombent l’entrée du port de Pornic.

Nous dégringolons les rochers et les bons nageurs se déshabillent ; la baignade est amusante, nous plongeons des rochers, la marée montante nous entraîne dans le port et il faut lutter contre son courant violent.

Baignade dans le port de Pornic.

Baignade dans le port de Pornic.

La baignade terminée, nous escaladons les rochers pour regagner notre car et nous goûtons rapidement. Le car traverse Pornic et s’arrête sur le quai du port de pêche.

Sur des chalutiers et des petits bateaux, des marins s’affairent car il faut profiter de la marée montante pour partir. Chacun, suivant son goût, achète, des cartes, des souvenirs, mange un gâteau ou une glace, observe le va-et-vient des bateaux.

Vers 6 h, nous remontons dans le car et rejoignons la colonie de St Michel. Avant le repas, nous préparons nos affaires pour le départ du lendemain. Le chauffeur examine son car.

La trompette annonce bientôt notre dernier dîner en plein air. Aussitôt après, nous allons à nos tentes terminer nos rangements et chacun se couche avec satisfaction : le lever à 1 h du matin, l’excursion à Noirmoutier nous a tous fatigués et demain, le voyage de retour sera long.

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