Dimanche 16 juillet 1950 : le départ

Depuis 5 heures du matin, les élèves, accompagnés de leurs parents, arrivent sur la place leurs bagages à la main.

À la joie de tous, le car de Monsieur Gros arrive à son tour.

Pour une fois, les retardataires habituels (Tondu) sont en avance car beaucoup n’ont pas dormi.

L’appel des voyageurs est rapide ainsi que les adieux aux parents et l’installation. Yvonne, qui craint d’avoir mal au cœur et Kiki, un furoncle au menton, s’installent à l’avant du car.

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Notre car

La route est déserte, le soleil tout rouge pointe à l’horizon : les villes que notre car traverse sont encore endormies : Mormant, Melun, Fontainebleau. Nous passons devant le château ; la forêt et les rochers bordent la route.

À Malesherbe puis Pithiviers, les gens commencent à se lever, nos chansons les saluent au passage.

À 7h45 Orléans est traversée ; le car s’arrête à la sortie de la ville sur le bord de la Loire : tous les voyageurs descendent pour se dégourdir les jambes et manger un petit casse-croûte.

Beaucoup de gens en bateaux profitent de leur dimanche pour pêcher dans la Loire au lit ensablé. Une dragueuse au repos est amarrée.

Tous nos besoins satisfaits, nous remontons dans le car qui reprend la route construite sur la digue bordant la rive droite de la Loire ; il est 8h.

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La route vallonnée serpente ; le paysage est charmant : châteaux enfouis dans la verdure, maisons adossées aux rochers ou encastrées dedans, village coquets.

Dans la côte de Beaugency, le car s’arrête quelques minutes pour une petite réparation et repart aussitôt.

Vers 9h, nous contournons la ville de Blois. Les accidents de la route contrarient la digestion de Françoise. Nous profitons de cet arrêt exceptionnel pour satisfaire nos besoins. Le temps est maussade.

Vers 10h30, nous traversons Tours et sans autres incident nous arrivons à Saumur à l’heure du déjeuner ; le temps est ensoleillé.

M. Bourgeois s’aperçoit qu’il a oublié son maillot de bain. Il descend du car en acheter un et nous rejoint place du Petit-Thouars où le car a stoppé. Une des voyageuses venait d’être victime de pommes vertes mangées la veille.

À pied, nous montons la côte raide qui aboutit au château de Saumur. Chacun s’assied sur l’herbe et mange de bon appétit. Une chèvre blanche broute à nos côtés : Bernard ayant renversé la boisson de Paulette prend son verre et va traire la chèvre pour réparer sa maladresse ; personne ne veut goûter le lait.

Rassasiés, nous rangeons les victuailles et nettoyons la place.

La visite du château est ouverte. Nous nous précipitons. Ce château du XIVe siècle abrite un musée de cavalerie.

Rassasiés, nous rangeons les victuailles et nettoyons la place.

La visite du château est ouverte. Nous nous précipitons. Ce château du XIVe siècle abrite un musée de cavalerie.

Nous parcourons rapidement les salles d’exposition : squelettes de chevaux de course, selles de tous pays : arabes, russes, chinoises, fers de toutes espèces ; étriers ; mors ; tableaux de chasse et de course.

Nous montons à la tour de guet, le vent soufflait, nous admirons toute la vallée de la Loire. Nous descendons au sous-sol visiter les cachots où Fouquet fut enfermé, et la salle des tortures : les prisonniers y étaient précipités par un trou situé au milieu de la cour.

La visite du château terminée, nous remontons dans le car. Nous laissons la Loire à notre droite pour rejoindre directement Nantes.

À 15h30, entre Doué et Chemillé, un pneu arrière éclate : tout le monde descend ; le chauffeur met une roue de secours ; Bernard l’aide puis se dirige vers une petite ferme pour s’y laver les mains. Chassé par trois chiens de garde, il revient en hâte et rapporte un savon.

Pendant la réparation, nous regardons la campagne angevine : petits champs et routes bordées de haies, terres labourées en billons, choux fourragers nouvellement repiqués.

Nous revoyons la Loire à Nantes que nous laissons à notre droite. Tous les voyageurs se désaltèrent dans un café de la banlieue nantaise.

La route vendéenne est très vallonnée et sinueuse. Vers 18h30 nous approchons de la côte atlantique.

À chaque sommet de côte nous croyons voir la mer ; enfin vers Pornic elle apparaît, grise, à travers des arbres. Nous traversons en chantant le port de Pornic. Il reste 7 km.

Un vieux moulin à vent, un joli clocher puis une odeur de galettes : c’est Saint Michel Chef-Chef.

À 19h, le car roule dans un sentier étroit qui mène à la colonie : notre voyage est terminé.

Le car stoppe dans la cour ; nous descendons avec tous nos bagages ; M. Seguin, directeur de la colonie, nous répartit en trois groupes :

Nous occupons garçons et filles deux tentes différentes ; les jeunes filles couchent dans deux chambres de la villa. Chacun reçoit draps et couvertures, choisit son lit et, joyeux, déballe ses bagages. Les lits sont rapidement faits.

M. Bourgeois étant occupé au-dehors, Cousson lui fait son lit.

La tente des garçons

La tente des garçons

Une trompette retentit : serviette de table sous le bras nous courons au réfectoire. Les colons habituels ont fini de diner, nous prenons leur place autour de grandes tables. Le diner est rapide et joyeux.

La nuit commence à tomber ; nous descendons à la mer : sur la plage, des poux de sable nous sautent après les jambes ; les filles crient ; l’air est frais et sent la marée ; un crabe à la main, des garçons poursuivent des filles hurlantes de frayeur.

Au loin, nous apercevons les lumières de Saint-Nazaire et des phares clignotants échelonnés le long de l’estuaire de la Loire.

Fatigués par cette longue journée de voyage, nous regagnons nos dortoirs.

Les jeunes filles devant leur dortoir.

Les jeunes filles devant leur dortoir.

Chacun se déshabille, enfile son pyjama ou sa chemise de nuit et se couche.

Malgré notre fatigue nous bavardons ; d’une tente à l’autre nous entendons rire et crier : Jasmine et Jacqueline se disputent et déchirent la serviette de Liliane qui pleure ; Bernard, un maillet à la main, menace les garçons trop énervés.

Petit à petit tout le monde se calme.

M. Bourgeois sa ronde achevée revient, se couche mais son lit était fait en portefeuille ; tous les garçons éclatent de rire sous leurs couvertures. Cousson le coupable dort d’un œil. M. B. refait son lit, éteint la lumière et se couche.

Nuit ventée ; tout le monde dort bien.

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